Paule Zellitch - Avenir de l’Eglise, diverse, baptismale et fraternelle - 27 novembre 2016

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Dimanche 27 novembre 2016 – Conférence de Paule Zellitch

Avenir de l’Eglise, diverse, baptismale et fraternelle

 

Les indiens d’Amérique, disent que penser l’avenir c’est mettre le passé devant soi. Nous allons donc être habiles pour ne pas tomber dans ce travers !

Le présent de l’Eglise de France est tel qu’une mobilisation générale s’impose si son avenir nous intéresse. Dans une visée pragmatique et opérationnelle, c’est à partir du baptême et des charismes, de tous les charismes, que nous allons réfléchir ensemble.

Pour assurer l’Annonce, déceler les collaborations à renforcer ou à inaugurer, les responsabilités à exercer, il nous revient de changer de braquet et de travailler à nos déconditionnements. A nous de repérer dans le monde et dans la tradition vivante de l’Eglise, les leviers et les stratégies utiles, pour renouer avec l’avenir.

Ne désespérons pas de la plasticité missionnaire de l’Eglise, longtemps experte en adaptations. Et comme l’Eglise est constituée de 100% de baptisés, nous voici tous acteurs de cette plasticité. Personne n’ayant manifestement « la » recette miracle, la voie des possibles est largement dégagée.

Penser l’avenir c’est forcément, faire l’état des forces et des troupes. Pour réfléchir ensemble aux conditions de l’avenir et donc de l’Annonce, qu’allons-nous mobiliser ? Et bien des incontournables : Jésus, le Christ, le baptême, la fraternité, les charismes avec en filigrane, le kérygme et la tradition toujours relue à la lumière de la nouveauté de la mission.

Un rapide état des lieux.

Dans le droit fil de l’avènement du sujet, une fraction croissante de la population occidentale glisse doucement vers une spiritualité laïque. Les sociologues de la spiritualité, notent le retour du mot espérance. Pas de kérygme, mais la perception d’un « je ne sais quoi » qui vaut la peine et/ou qui fait sens. L’expérience intime gagne du terrain, des passerelles invisibles se construisent ; ne les ignorons pas[1] !

Par ailleurs, les 60% de baptisés annoncés ne sont pas 60 % de croyants et/ou d’adhérents à l’institution. Et, n’oublions pas tous les catholiques, déclarés, qui ne fréquentent plus aucune paroisse, mais pour lesquels le Christ et l’Evangile comptent. Ils font communauté ou pas, là où ils sont, et sont souvent acteurs de solidarités. Les 4%, qualifiés de pratiquants, ne vont pas à la messe chaque semaine… Et, cerise sur le gâteau, les sociologues du religieux, lorsqu’ils balayent l’ensemble du spectre catholique, parlent de milliers de petits schismes silencieux.

Le pape François n’est pas du tout indifférent à cette situation. Toute sa pastorale et sa communication vise à arrêter cette hémorragie, à rendre la figure du Christ, telle qu’elle se donne à voir dans son Eglise, aimable et désirable ! Alors, quoi de mieux que de partir du Christ, miséricordieux et sauveur, pour rendre de « l’attractivité » à l’Eglise ?

         Maintenant, changeons de focale, et voici que nos atouts sont énormes !

Le baptême, point d’ancrage de notre réflexion 

  • Il nous configure TOUS à jamais au Christ dans l’Esprit
  • Il nous rend TOUS responsable des charismes reçus pour l’Annonce de la Parole
  • Il est une promesse de salut pour TOUS

La conscience de l’importance fondamentale de notre baptême est le socle de nos mises en œuvre et le cœur de tout dispositif d’aggiornamento véritable et opérationnel.

Une robuste théologie du baptême ne peut que rassembler tous les membres de l’Eglise et cela, quel que soit leur état de vie. Baptême et sainteté sont étroitement liés. Or, la sainteté ne sépare pas contrairement au sacré. Le baptême institue et unit autour d’une foi et d’un horizon commun, à atteindre selon des modalités plurielles. Tous baignent dans un même fleuve et chacun est attentif aux berges.

Parmi les nombreux leviers dont nous disposons, dans la tradition de l’Eglise, pour avancer : le sensus fidei ou sens de la foi des fidèles. Les textes sont formels, ce sensus fidei appartient en propre à chaque baptisé mais il ne peut s’exercer pleinement qu’éclairer par l’enseignement du Magistère. D’où l’importance, pour chacun, de bien décoder textes et commentaires.

Vu comme cela, les choses semblent plutôt bordées ? Ce serait oublier que le sensus fidei comporte, de manière consubstantielle, de multiples zones de porosités ; c’est ainsi que, dans l’histoire, le Magistère a souvent pris en compte ce qui provenait des fidèles.

Un petit rappel, afin que nous soyons tous au clair avec la notion de Magistère : «le Magistère contient la somme de tous les enseignements que la tradition vivante de l’Eglise reçoit et transmet et qui ne peut se réduire à l’avis de tel ou tel autre ».

Qui dit baptême, dit charismes et qui dit charisme, dit avenir

Ainsi, charismes baptismaux et avenir sont inséparables

L’attention aux charismes (dons foisonnants de l’Esprit) est essentielle et cruciale, particulièrement dans cette période de transition.

Les charismes véritables échappent à l’auto proclamation et à une subjectivité mortifère par le discernement communautaire, éclairé par l’Esprit. La Bible toute entière ne cesse de nous mettre en garde contre les faux prophètes, parfois révélateurs de nos propres aveuglements.

Cette attention de chaque instant aux charismes atteste de la vérité de notre désir de soutenir la mission reçue du Christ. Or, la raison d’être, la fonction, de l’Eglise c’est précisément l’Annonce. Pas d’Annonce, pas d’Eglise !

Aussi, l’Esprit n’est jamais en grève. Mais, l’Esprit peut-il être captif de commandes calibrées ? Non et … c’est heureux ! Donc, l’Esprit ne cesse de souffler… Mais où passent les charismes foisonnants qu’il nous donne ? Qui les voit ? Qui les entend ? Qu’en faisons-nous ? Je dis « nous » car l’Eglise est, par la somme des « je » du baptême, un peuple convoqué.

Voyons d’un peu plus près la question des charismes.

Les charismes ne sont ni sexués, ni « essentialisables »

En Galates 3,28 « Il n'y a plus ni Juif ni Grec, il n'y a plus ni esclave, ni libre, il n'y a plus ni homme ni femme (ni mâle ni femelle); car tous vous êtes un en Jésus-Christ ». Pas la moindre trace d’essentialisation, mais une identité en mouvement, fondé sur celui qui est « le chemin, la vérité et la Vie ». Plus encore, par le baptême, chaque personne est appelée au singulier et avec ses charismes propres. Ainsi, le peuple des baptisés est bien loin d’être pauvre en charismes !

 

« Au hasard », la situation des femmes :

Dans le livre de l’Exode, Pharaon ordonne à Pua de mettre à mort les garçons ; nous lisons qu’elle refuse de mettre à mort les enfants. Mais pourquoi ne dit-elle pas « les garçons » ? Et bien parce qu’il n’y pas de peuple avec seulement des filles ou seulement des garçons. L’Eglise est toute entière inscrite dans la suite du 1e récit de la Genèse, quand dans un même mouvement, mâle et femelle il les créa. Ainsi, pour répondre à l’intention première de Dieu, il nous revient de tenir cet axiome et en toutes choses.

Dans la société, elles exercent les fonctions de gouvernement les plus hautes. Dans l’Eglise, elles se heurtent à un plafond de verre, pour l’instant plutôt … bardé.

Je ne reprendrai pas ici ce que chacun sait et qui concerne, notamment, l’accès à la prêtrise ou au diaconat. Je voudrai attirer votre attention sur deux mots : dignité et égalité, appliqués ou pas aux femmes et qui affectent la question des charismes. Cette référence à la dignité, utilisée à tort et à travers, est parfois un véritable obstacle au développement des charismes des femmes.

Vous savez sûrement qu’un théologien ne parle pas d’égalité, ce critère qui définit toute démocratie véritable. Si l’Eglise n’est pas une démocratie, c’est parce qu’elle vit d’un processus d’habitation réciproque, d’identification à Jésus-Christ, frère des hommes et des femmes. Ainsi, elle ne parle pas de démocratie, au nom d’un principe à la fois plus haut et fondateur, mais jamais étranger à la justice et à l’équité.

L’égalité, au sens le plus élémentaire, contient une forme d’objectivité. La dignité, elle, suppose un ajustement permanent à la subjectivité d’un autre qui  lui-même pourrait y échapper, en sa qualité de prescripteur. Ainsi, dans les textes du Magistère, rédigés par des prescripteurs, sont associés dignité et féminité, dignité et pauvreté.

Cette insistance sur la dignité conduit à des situations parfois si paradoxales qu’elles devraient tous nous plonger dans une profonde tristesse. Par exemple, de nombreux diplomates sont interpellés car dans les instances internationales[2], l’état du Vatican, pour ce qui se réfère à l’égalité des droits des femmes, est bien souvent, aux côtés du Qatar, de l’Arabie Saoudite et de quelques autres. Cet état, qui n’est pas un état comme les autres à cause du Christ, peut-il ne pas être sensible aux impacts concrets et humains de tels arbitrages ? 

Pourquoi est-ce que je ne parle pas de la « place des femmes », de la « place des laïcs » ou de la « place des prêtres », mais d’abord et toujours des baptisés et de leurs charismes ? Et bien parce que ces catégorisations maintiennent, dans le présent et de manière trop rigide, des sortes d’assignations à résidence. En focalisant sur le sexe et/ou sur l’état de vie, elles détournent notre attention à la fois du baptême et de l’ensemble des motions de l’Esprit. En ce sens, en quoi une théologie de la femme ou de l’homme, serait-elle plus libératrice qu’une théologie du baptême ?

Après le sensus fidei, examinons les Tria munera (enseigner, gouverner, sanctifier). Ces fonctions ne se recouvrent pas au point que seul un clerc pourrait les assumer (cf. le droit canon). Le monde a changé. La part de savoir et de foi qui leur est transversale ne peut être subordonnée ni au sexe, ni à l’état de vie. D’ailleurs, des femmes commencent à investir ces champs.

Si nous sentons, que cette inattention à la liberté de l’Esprit du Christ impacte le fonctionnement du corps[3] tout entier, alors, l’urgence est à la co-construction : clercs et non clercs ensemble, avec toujours et en toutes circonstances l’Esprit du Christ au centre.

 « Il n’y a plus de prêtres » 

C’est oublier que le nombre de prêtres est proportionnel au nombre de pratiquants ! Leur nombre actuel serait trop faible pour assurer une sorte de « continuité territoriale » du catholicisme, pour aller aux périphéries et a fortiori aux nations.

J’ai vécu deux mandats au Service national des vocations, devenu ensuite Service national pour l’évangélisation des jeunes et pour les vocations. Ce regroupement, impulsé par quelques évêques, postulait que les pratiques venues de la nouvelle évangélisation pouvaient tout combler. Le renversement espéré n’est pas au rendez-vous, mais la modification de la sociologie des communautés s’accélère et impacte la typologie des vocations.

En miroir, toujours cette majorité silencieuse de baptisés auxquels ses systèmes identitaires parlent peu.

Un jeune prêtre, de cette mouvance, en lien avec l’institution, déclarait au sujet du manque de vocations presbytérales : « nous aurons toujours assez de prêtres pour les communautés que nous voulons ». Je vous laisse apprécier ce que révèle cette réponse de certaines stratégies déployées, comme aussi de la faiblesse des alternatives proposées.

Pourtant, très nombreux sont les prêtres qui travaillent à une Eglise accueillante et miséricordieuse ouverte à tous. Par Jésus, ils vivent leur ministère sous l’angle de la fraternité, de la communion, dans « un peuple de rois, de prophètes et de prêtres ». Mais le regroupement des clochers rend leur tâche bien lourde et certains sont harassés.

Ainsi, un certain modèle de fonctionnement est épuisé. Mais, alors pourquoi nous focaliser encore sur le manque de prêtres ? Nous avons vu, qu’à Lourdes, des évêques envisagent des collaborations augmentées avec les laïcs baptisés ; mais pour quoi faire ? A la formule « la relève pourrait-elle venir des laïcs ? » je préfère cette autre formulation : « la relève pourrait-elle venir des baptisés ? », moins captive de l’état de vie et du sexe.

Une fraternité missionnaire 

Associer sans trembler fraternité et mission, quelle audace ! La fraternité se noue autour de « Jésus-frère », ordonné au Père et elle s’adresse aux récepteurs de la mission ; ainsi la fraternité pour l’Annonce intègre forcement l’inculturation, premier aspect.

Encore une fois la Bible nous aide à garder les pieds sur terre. Que de magnifiques exemples de fraternité : Caïn et Abel, Jacob et Esaü, Joseph et ses frères, et bien d’autres, jusqu’à Jésus qui envisage les liens du sang d’une manière qui peut paraitre bien singulière. Dans la Bible, la fraternité se situe dans un processus lent d’accomplissement de l’humain. Meurtres, jalousies révèlent un défaut d’institution dans l’amour. Et, tant que l’amour, au sens fort, n’est pas premier, il n’y a pas de fraternité au sens plénier du terme, d’où la longueur de notre chemin vers … la fraternité, deuxième aspect !

Ensuite, dans la Bible, il y a aussi, la fraternité d’élection. David n’est pas juif ; mais pour avoir combattu pour le peuple choisi, il est agrégé à ce peuple par le peuple et devient alors « du même sang » et roi d’Israël. Ce mode de fraternité est associé à la participation effective à une visée commune. C’est de cela dont parle Jésus, lorsqu’il demande « Qui est ma mère, et qui sont mes frèresMt 12, 46-50. Ici ce critère essentiel : un amour commun tourné vers le Père, « lent à la colère et plein d’amour », Ps 144,8.

Et enfin, un indice complémentaire de fraternité « vraie » : notre capacité à tenir toujours ouvert l’écart fertile entre unité et unanimisme.

Nous avons là quelques critères pour discerner entre vraie et fausse fraternité ordonnée à une vraie ou à une fausse mission.

Les premières communautés étaient suspendues au retour imminent du Messie. Le temps long, celui des héritiers est venu. Voici que nous cherchons le chemin, alors que les chemins sont multiples.

Quelques stratégies et pratiques, pour préparer l’avenir de l’Eglise de France, dans le mouvement esquissé par François.

Cherchons les compétences là où elles sont, y compris hors de l’Eglise. Un immense « Venez et voyez » lancé à l’échelle de notre société est à mettre en œuvre à partir du « Je ne vous appellerai plus serviteurs mais amis » (Jn 15, 9-17.

Par quoi commencer ?

Jésus ne nous conseille-t-il pas, avant toute entreprise, de faire un état des lieux, des forces en présence et d’être rusés, sans être … pervers ? « Soyez rusés comme des serpents et purs comme des colombes » (Mt 10,22)

  1. Identifions tous les charismes que l’Esprit ne cesse de nous envoyer, sans les restrictions que nous avons intériorisées et cherchons les lieux de leur fécondité.
  2. Travaillons à défaire nos conditionnements invalidants et à débusquer les idolâtries. Le pape François demande-t-il notre adulation ou notre aide ? Le petit enfant, béret à la main devant m’sieur l’curé, est toujours tapi au fond de nous. Coresponsabilité et idolâtrie[4] sont antinomiques !

3.   Musclons-nous !  Le présent et l’avenir ont besoin de baptisés qui reçoivent des formations ambitieuses et qui partagent largement leur savoir. C’est un cercle vertueux à mettre en œuvre[5].

  1. Soyons innovateurs et pragmatiques. Oser des alternatives participe de ce mouvement. Prenons par ex. celles de l’archevêque Albert Rouet. Centrées sur une théologie du baptême et de la confirmation, elles ont cherché, de manière pragmatique, à ressaisir la question des charismes et des vocations pour tenter à la fois de répondre à une crise des vocations et de constituer un peuple actif.  

Autre aspect, sous-évalué, l’importance du récepteur et des conditions de réceptivité ! Quand Paul s’adresse aux athéniens, il rate sa cible, car il est plus occupé par ce qu’il a à dire que par ce que ses auditeurs peuvent entendre. Ainsi, l’Annonce demande un décentrement de l’émetteur, et une vraie attention aux récepteurs[6] .

  1. Toute entreprise demande des arbitrages et entraine des renoncements.

 

Quelques points d’attention toujours utiles à rappeler :

  • Parlons à hauteur d’homme ! Renonçons aux discours et aux propositions en surplomb.
  • Travaillons de préférence en réseaux et tenons l’horizontalité dans les mises en œuvre. Les jeunes, experts de ces usages, ne demandent qu’à être sollicités. Si nous renonçons à être seulement prescripteurs, ils font des merveilles !
  • Gagnons en pertinence : toute proposition en cours d’élaboration devrait-être évaluée par un échantillon représentatif de récepteurs ! Chaque consulté devient alors un ambassadeur de l’initiative. En même temps, la pyramide des âges et la typologie des personnes avec lesquelles nous travaillons, sont modifiées.
  • Tout n’est pas à inventer ! Economisons nos forces ! Participer à ce qui existe déjà ou s’en inspirer, se mobiliser autour de projets à durée déterminée. C’est la manière dont nous travaillons et dont nous nous comportons qui infuse dans le temps long.
  • De nombreux mouvements qui mobilisent, souvent bien au-delà de leur représentativité réelle, ne négligent jamais la question financière, pas plus que l’Eglise de France d’ailleurs. Nous voulons agir ? Nous voulons que notre parole ne se perde pas dans le flot des paroles ? Se pourvoir d’organes collecteurs de fonds, participe d’une juste autonomie. Certes tout vient de Dieu, mais agissons comme si tout ne dépendait que de nous ! C’est cela, aussi, donner un vrai coup de main à l’Esprit.
  • Et puis toujours, remercier, partager de bons moments autour d’un verre, d’un bon repas, sans calculs, ni arrières pensées. Pour tenir la diversité des collaborations, tout ne doit pas être placé sous le sceau du bénévolat. Si nous voulons une Eglise dans laquelle la participation, notamment à l’enseignement et au gouvernement soit assurée sur le critère des compétences, indépendamment de l’état de vie ou de la condition matérielle des personnes, il faut prévoir des rémunérations.

Contrairement aux apparences, nous ne sommes pas au pays du « yaka » « fokon », mais dans une dynamique de conversion et d’aggiornamento par les pratiques. 

 

Je vous dirais enfin, que l’avenir est à un peuple capable d’un bon jeu de jambes. Considérons la figure de David. Ce jeune pâtre rêveur est sélectionné, par défaut, pour un combat essentiel à la survie d’un peuple auquel il n’appartient pas. Tous les hommes les plus vigoureux, issus des meilleures lignées d’Israël se sont désistés. En somme Goliath bénéficie d’un excellent plan com.

Que fait David ? Le contraire de ce que chacun attendrait ! Il ne se situe pas dans un face à face, car alors il serait captif de son adversaire, tel une souris paralysée par un chat. Tout en jambes, alerte, il tourne autour du colosse, cherche la faille, la trouve et, avec l’arme qui lui est familière, il ajuste son tir. Tout neuf mais accompagné par l’Esprit, il dénoue cette situation désespérée. Ce récit parle en fait de nos propres mythologies, celles qui nous empêchent de passer à l’action, parfois même lorsque nous savons qu’elle serait juste et bonne.

Soyons des baptisés attentifs aux signes des temps mais emplis d’espérance ! Mettons, tous ensemble, les charismes sur la table et organisons-nous. 

Au cours de ce WE entre état des lieux et orientations, nous avons de quoi avancer. Encore faut-il que nous tirions les fruits de tous ses partages. J’insiste sur la prochaine étape : la nécessité de muscler notre théologie du baptême et de travailler à nos  déconditionnements. Quand chaque baptisé passe du statut de supplétif à celui de co-auteur, il tonifie l’Eglise toute entière.

La co-responsabilité n’est pas seulement un mot agréable à entendre. C’est aussi une fatigue. Travailler dans l’institution, se tenir à côté d’elle, aller aux périphéries, voire plus loin encore, pourvu qu’un bon parfum d’évangile se répande. N’oublions pas que l’avenir de l’Eglise ce sont les jeunes et les jeunes d’aujourd’hui. Nous ne sommes que des passeurs et chaque ministère, notre ministère, ne devrait être que celui de la surabondance. Et, il se trouve que les jeunes, comme le monde, sont en quête de surabondance !

Les indiens d’Amérique, disent que penser l’avenir c’est souvent, mettre le passé devant soi. Faisons mentir cet adage ! 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

[1] En l’Eglise, l’institution (et « l’humus » catholique) est perçue traditionnellement comme « mère », matrice et, à ce titre, préexistante à la spiritualité qu’elle génère. Or, par une sorte de renversement notamment sociologique, l’expérience tend à devenir première. Ce phénomène gagne du terrain d’où l’augmentation des baptêmes d’adultes, des demandes de confirmation plus tardives, etc. Mais, attention, l’augmentation du nombre de familles et de personnes, en délicatesse avec les règles fixées par l’institution catholique, au fil des siècles n’est pas sans effet sur la baisse des demandes de sacrements. Le nombre de ceux qui entrent ne compense pas le nombre de ceux qui s’éloignent.

 

[2] Dignité et inégalité successorale, etc.

[3] A cela, j’ajoute que, si l’Eglise est un corps, c’est un corps muni d’organes vitaux d’égale importance. Le rôle essentiel de la tête est de coordonner. La tête ne saurait demander au cœur d’être foie. Elle coordonne ce qui ne cesse d’opérer les adaptations indispensables à la finalité du corps qui est la vie ! Seule une bien piètre science peut affirmer que la tête peut fonctionner et être opérationnelle toute  seule.

[4] L’idolâtrie a deux faces : l’amour excessif et la détestation. Tous deux nous tiennent captifs et inopérants à l’aune du Christ.

[5] Un baptisé bien formé peut débusquer des affirmations qui se veulent « théologiques » sans l’être, assénées parfois avec beaucoup d’assurance.

[6] Quand une communauté chrétienne ne s’adresse qu’à elle-même, peut-elle se revendiquer de la mission l’Eglise ?