« Le Christianisme ne fait que commencer » Alexandre MEN, Cerf – 2010

Le christianisme a uni la sagesse d’Athènes et les attentes de l’Orient au rêve romain d’une « paix » universelle ; il a condamné les oppresseurs de toutes sortes, a élevé la femme à une pleine dignit

Extraits de

« Le Christianisme ne fait que commencer »

Alexandre MEN, Cerf – 2010

Prêtre orthodoxe russe, assassiné en 1990

 

            Lorsque l’annonce de l’Evangile, telle une brise fraîche, s’engouffra dans l’édifice croulant du monde antique, elle apporta l’espérance aux humiliés et aux désespérés, insufflant en eux l’énergie et la vie. Le christianisme a uni la sagesse d’Athènes et les attentes de l’Orient au rêve romain d’une « paix » universelle ; il a condamné les oppresseurs de toutes sortes, a élevé la femme à une pleine dignité, a provoqué le déclin du servage.

            Petit à petit, le levain du christianisme est devenu en Europe et dans le Nouveau Monde, source d’un dynamisme que 50 000 ans d’existence de l’homme n’avaient pas connu.

            A toute époque, l’homme découvre dans le Nouveau Testament des veines inépuisables de créativité. Il a inspiré poètes et peintres, a engendré chœurs et symphonies. A l’aube du 3ème millénaire, l’Evangile, qui relate la vie de Jésus, a été traduit en 1 500 langues et diffusé dans le monde entier.

            Lorsque de nombreux chrétiens oublient « à quel esprit ils appartiennent », l’Evangile continue à agir dans les personnes de manière imperceptible. Les idéaux de justice, fraternité, liberté, abnégation, la foi en la valeur de la personne humaine, puise, parfois inconsciemment, à l’eau vive de la source évangélique.

            L’Eglise connaît orages et tempêtes, mais elle survit à toutes les crises de son histoire.

            Le secret de cette nature inébranlable réside dans le Fils de l’homme, qui selon l’expression de l’apôtre « est le même hier, aujourd’hui et pour toujours » et dans les dons de l’Esprit qui descendent encore sur ses fidèles. Par le Christ crucifié, le Tout-Puissant se révèle comme un Dieu humilié, qui par amour, se fait petit aux yeux de ce monde.

            Celui qui rencontre Jésus-Christ sait que l’homme est un enfant de Dieu, qui collabore à ses desseins. Le Dieu qui s’est fait homme sur Terre montre aux hommes leur sublime vocation, rend sacrée et spirituelle la nature humaine, y jetant une semence d’immortalité.

            Voilà pourquoi chaque fois que le christianisme semble mort et enterré, il se relève de son tombeau, tout comme le Christ crucifié et ressuscité, montrant combien sont justes les paroles « Tu es Pierre, le roc, et sur ce roc, je construirai mon Eglise, et la mort elle-même ne pourra rien contre elle » Car c’est le Christ lui-même qui renouvelle constamment le christianisme et le mène à l’éternité.

            Les siècles écoulés depuis le matin de la Résurrection en Judée, ne sont en réalité que le prologue de la plénitude humaine et divine de l’Eglise, le tout début de ce que Jésus lui a promis.

            Cette vie nouvelle n’a donné que ses premières, et encore tendres, pousses, car la religion de la Bonne Nouvelle est celle de l’avenir. Néanmoins le Royaume de Dieu est déjà là : il est dans la beauté du monde et partout où le bien règne parmi les hommes, dans les vrais disciples de Jésus, dans les saints et les chrétiens authentiques, dans tous ceux qui veulent le suivre et n’abandonnent pas leur maître au milieu des épreuves les plus dures de son Eglise.

            Le christianisme est un idéal tellement élevé que nous n’y sommes pas encore parvenus. L’humanité chrétienne est en marche vers ce but. Il faut continuer à avancer. Sans faire fi de la tradition, aller vers les hommes tels qu’ils sont. L’Evangile ne se détourne pas de la vie terrestre. La Bonne Nouvelle est entrée dans le monde comme une force dynamique englobant tous les aspects de la vie.

            Le christianisme n’a fait que commencer à tracer son chemin dans le monde.

            Bien des paroles du Christ nous demeurent encore incompréhensibles. Tout ce qui a été fait dans le passé, tout ce que nous appelons maintenant l’histoire du christianisme, n’est que la somme des tentatives – les unes malhabiles, les autres manquées – de le réaliser. Certes il y a eu de grands saints, mais c’étaient des précurseurs ; ils se détachaient sur un épouvantable océan de boue, de sang, de larmes.

            Le christianisme n’en est qu’à ses débuts. Son « programme », appelons-le ainsi, est prévu pour des millénaires ; chaque siècle, chaque époque ne prend dans le christianisme, dans la Bible, que ce qu’elle est en état de percevoir. Nous aussi, à notre époque, nous ne prenons que l’aspect, partiel, que nous sommes capables de percevoir et sur lequel nous réagissons aujourd’hui.

            Le christianisme est ouvert sur les siècles, sur le futur, sur le développement de toute l’humanité.

            Ce n’est pas par les hommes, par la force humaine, que le christianisme a la chance de vaincre, mais uniquement parce qu’il arrive, dans notre monde, d’un autre monde tout différent.

            Aujourd’hui le christianisme apparaît comme un phénomène très important pour les hommes, qu’ils soient chrétiens ou non, croyants ou non. Quelle est la nature profonde de ce phénomène ? Que recèle-t-il ? En quoi consiste son mystère ? Que veulent dire les mots « Jésus-Christ » et « Evangile » ? Il ne s’agit ni d’un symbole, ni d’un signe, ni d’un mythe.

Il s’agit d’une personne, de quelqu’un qui est réellement venu dans notre monde, qui a réellement existé, qui a réellement reflété en lui l’éternelle vérité divine, et qui est réellement resté, conformément à ses paroles : « Je suis avec vous pour toujours jusqu’à la fin du monde » (Mt 28, 20).

 

 

 

 

Sur ce même thème « le Christianisme ne fait que commencer », 

on peut encore noter :

 

Le Cardinal Lustiger

            « Le Christianisme est au début de son histoire. La foi chrétienne trouve un champ d’application dans ce  monde bouleversé.

Bruno Chenu

            « Qu’est-ce que 1 000 ans au regard de Dieu. La mondialisation du christianisme est un phénomène récent. C’est une religion commençante et balbutiante. La postmodernité inaugure le début du Christianisme ».

Marcel Légaut

            « L’Evangile est tellement radical que les disciples ne pouvaient l’accueillir. Nous sommes la 1ère génération à pouvoir entendre l’Evangile, à pouvoir commencer à comprendre ce que Jésus     voulait dire : le christianisme ne fait que commencer ».

Chesterton

            « On dit que le christianisme a échoué, personne ne l’a essayé ».

Un philosophe danois

            « Il n’y a jamais eu qu’un seul chrétien : Jésus de Nazareth ».

Olivier Legendre dans « Confession d’un Cardinal » 

            « Le christianisme est en train de naître »

Maurice Bellet dans la 4ème hypothèse

            « L’Evangile n’a pas encore été entendu. La plupart des chrétiens n’ont rien à voir avec le Christ.  La situation est assez grave. C’est la fin de quelque chose et le début d’autre chose ».

P. Teilhard de Chardin

            A compris que le christianisme n’en est qu’à ses balbutiements.

Maurice Zundel dans Vivre Dieu

            « Tout peut encore commencer. L’homme n’existe pas encore. Nous ne sommes qu’au commencement de l’humanité vraie. Jésus nous appelle à nous faire. Le règne de Dieu, c’est             l’homme. Ce n’est que lorsque l’homme aura toute sa taille que l’Evangile prendra tout son sens.

            Le cœur de l’homme ne s’est pas encore ouvert. L’amour n’est pas aimé.

            Le grand homme est celui qui ne s’est pas accroché à son moi, mais qui gravite autour d’une présence en lui et se dépasse dans les autres.

            Nous aurons toujours à nous faire homme, et c’est dans la création de notre dimension humaine que le vrai Dieu, le seul possible, se révèle.

            Dieu au-dedans de nous, ne cesse de nous attendre pour nous transformer en lui.

            Dieu est une rencontre que chacun doit faire en soi. Nous avons à créer en nous l’homme  nouveau-né de l’esprit.

            L’Evangile suppose pour être entendu, ce contexte de silence qui le rend intérieur à l’esprit.

            « La création gémit dans les affres de l’enfantement » (Rm  8).

            Le monde, le vrai, n’est pas encore, il est en avant de nous. Le vrai Dieu ne sera connaissable   qu’au moment où cette véritable création sera accomplie. La création est en espérance ».

           

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