« Tout amour véritable est indissoluble » de JP VESCO  : Essai de Synthèse par D.Vignon

Essai présenté au groupe Jonas de Lyon en septembre 2016

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Pour la doctrine de l’Eglise catholique, l’état de vie des divorcés remariés est assimilable à une « persistance obstinée » dans un état de péché . Mais cette vie de reconstruction d’une alliance conjugale peut - elle être assimilée à un adultère ?

  • Suivre la démarche, la construction de la réflexion de JP Vesco , pour argumenter la nécessité de remettre en question la discipline de l’Eglise.

1 – L’enseignement de l’Eglise

1981  Jean Paul II : « Familiaris consortio » :

Art  83 : «  Séparation comme remède extrême après que l’on ait vraiment tenté tout ce qui était raisonnablement possible, pour l’éviter » L’Eglise reconnait qu’il y a des cas où la vie commune est devenue impossible. Le conjoint innocent ou contraint au divorce conserve sa place dans la vie ecclésiale. C’est la 2ème union qui est jugée coupable et non la rupture d’une alliance matrimoniale sacramentelle.   Le conjoint séparé doit être accompagné pour l’aider à renoncer à une 2ème alliance. Le choix du célibat est le signe de la fidélité de l’amour de Dieu . Mais cet appel particulier à vivre la chasteté doit traduire une adhésion intérieure profonde, et non pas seulement une discipline ecclésiastique…On peut faire le parallèle avec le veuvage : Le plus beau témoignage sera celui qui laissera apparaitre le bonheur le plus rayonnant.

Art 84 :  « Obligation pour les pasteurs de bien discerner les diverses situations : Par exemple, conjoint injustement abandonné, ou décidant une 2ème union pour l’éducation des enfants… » Mais l’Eglise affirme une position qui ne distingue pas les situations particulières : condamnation globale. Le sacrement de pénitence ne peut être donné que si dans la 2ème union, il y a abstinence sexuelle.

D’où : répondre à la demande du pape François de lancer une réflexion synodale , sachant que la synodalité ne se limite pas aux évêques, mais suppose un débat public.

2 points de questionnement sur l’article 84 :

  • Le caractère fautif de la 2ème alliance ne tient aucun compte des causes de la rupture, alors qu’il est demandé aux pasteurs de discerner les différentes situations.
  • Le choix libre d’une 2ème alliance est - il à priori fautif, ou traduit–il la volonté de retrouver un chemin de vie ?

Objectif de la réflexion : montrer qu’une évolution de la discipline de l’Eglise est compatible avec le message évangélique et l’affirmation de l’indissolubilité du mariage. 

 

 2 – Que veut dire « divorcés remariés » ?

  Le vocabulaire employé mélange des situations très diverses, et stigmatise les personnes en une catégorie qui réduit les différences. Personne ne souhaite entrer dans cette catégorie, car personne ne souhaite voir sombrer ses rêves de mariage.

   De plus, ce terme laisse entendre que c’est le mariage civil qui fait entrer dans cette catégorie Or, c’est le refus de mettre fin à une relation affective stable, avec ou sans concubinage, qui aux yeux de l’Eglise, empêche la possibilité d’une réconciliation sacramentelle, et pas seulement le mariage civil.

  • La réflexion de JP Vesco concerne les personnes qui sont entrées dans une relation conjugale stable, après l’échec d’un mariage sacramentel, et qui portent en elles la volonté de vivre au sein de cette 2ème union, non sacramentelle l’idéal du mariage chrétien, même si cette alliance n’est pas formalisée par un mariage civil.

    3 – Que dit le Nouveau testament sur le divorce ?

Les paroles de Jésus dans l’évangile de Matthieu ( Mt 19 1-11) de Marc ( Mc 10,1-10 et Luc ( Lc 16,18 ) constituent le fondement du mariage chrétien. John Paul Meier ( « Le juif Jésus » ) T4, montre que ces paroles sont tirées de la source Q, la plus ancienne (2ème source de Lc et Mt, à côté de Mc ) et qu’elles sont probablement historiques. Ces paroles de Jésus sont invoquées dans la tradition catholique, pour traiter les personnes engagées dans une 2ème alliance,  d’adultères. ( lire p. 34 ).Mais il faut bien analyser le contexte de cette logia, et le sens de la relecture faite par Jésus de la Genèse :  

  • Le contexte est une situation de piège tendu à Jésus, et son enseignement n’est pas donné au seul groupe de disciples.
  • La question posée est celle de savoir s’il est permis de répudier sa femme « pour n’importe quel motif » Or elle s’inscrit dans une polémique entre 2 rabbins de l’époque : 
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Hillel : On peut répudier sa femme sans motif : Elle a fait bruler le repas…

Jésus refuse de rentrer dans ce piège, et renvoie les pharisiens à la Genèse, au projet de Dieu qui veut faire de l’homme et de la femme, une seule chair, « une aide contre lui »

 

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On a donc dans la réponse de Jésus une sortie du piège du légalisme dans le respect de la Torah, et un renvoi à une signification profondément spirituelle du mariage, de la procréation et de la sexualité. Jésus revient à la source d’ une intention créatrice infiniment respectueuse de la liberté, et porteuse d’égalité entre l’homme et la femme. En cela, il conteste radicalement le patriarcat, la domination masculine ancrée dans la loi mosaïque ( « la dureté de votre cœur »… )

 

             Jean Paul Vesco note que Matthieu cite 2 fois la parole d’accusation d’adultère de Jésus pour les hommes qui ont répudié leur femme, et pour ceux qui épousent une répudiée, même s’ils respectent la loi de Moïse. ( Mt 5,31 et Mt 19,9 ). Jésus s’attaque à un système, il dénonce une « dérive institutionnelle » dans le contexte de la société d’Israël de son époque. On ne peut pas en faire une norme universelle sans tomber dans le juridisme que Jésus veut justement éviter ! Les juifs ont transformé une permission de Moïse en un droit acquis qui défigure le projet de Dieu sur l’union de l’homme et de la femme. De plus, la répudiation a un caractère unilatéral que n’a plus le divorce contemporain. C’est précisément l’idéal du mariage défendu par Jésus que vivent les personnes engagées dans une seconde alliance et qui souffrent du regard porté par l’Eglise.

Dans le Nouveau Testament, deux passages des lettres de St Paul évoquent la question du mariage : A -Dans Ephesiens 5,21 , il rappelle la dimension sacramentelle, et relie le lien conjugal au lien entre le Christ et l’Eglise. J.P. Vesco cite un texte de Mgr Bonny, évêque d’Anvers : L’indissolubilité du mariage entre un homme et une femme et l’indissolubilité du lien entre le Christ et son Eglise … sont l’une pour l’autre signe et signifié. Entre le signe et le signifié, la distance reste très grande : Notre amour humain est nécessairement marqué par la finitude et le péché. Par contre l’unité du mariage sacramentel( on ne se marie qu’une fois ) traduit bien cet amour sans rupture de Dieu, signifié par une alliance conjugale pour toujours. Cette parole de Paul dans la lettre aux Ephésiens ne peut être invoquée pour insister sur l’importance de la faute commise par l’entrée des personnes divorcées dans une nouvelle union conjugale, car la valeur du mariage sacramentel n’est pas mise en question par elles.

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4 – Que dit-on quand on dit « Indissolubilité du mariage » ?

 

  • Le mariage sacramentel ne dit pas tout de l’indissolubilité

Dans la doctrine catholique, l’indissolubilité déborde le mariage sacramentel : elle est reconnue au mariage civil entre 2 personnes non baptisées ( mais non entre 2 personnes baptisées(canon 1055.2). Ceci engendre des contradictions, par exemple, le cas d’un catéchumène divorcé remarié qui désire le baptême, ou un divorcé non baptisé qui souhaite se marier à l’église avec une baptisée…. J.P. Vesco cite le cas d’une femme très engagée dans l’Eglise, mariée à un musulman divorcé, qui souffrait de ne pouvoir communier et vivre le sacrement de réconciliation, car considérée par l’Eglise comme adultère… » . Cette reconnaissance par l’Eglise de l’indissolubilité du mariage civil entre 2 non baptisés trouve son fondement théologique dans la reconnaissance de la valeur sacrée de l’amour humain, reflet de l’amour de Dieu ». C’est bien l’attitude de Jésus face au légalisme des pharisiens : Jésus ne décrète pas l’indissolubilité, il la révèle, il la reconnait dès l’origine, dans l’épaisseur de la réalité humaine qu’est l’union véritable d’un homme et d’une femme. C’est ce qu’explique Gaudium et Spes , suivant en cela le droit canon : Canon 1056 : « Les propriétés essentielles du mariage sont l’unité et l’indissolubilité, qui, dans le mariage chrétien, en raison du sacrement, acquièrent une solidité particulière » . Pour J.P. Vesco : « ce n’est pas le sacrement qui rend le mariage indissoluble, c’est l’indissolubilité qui rend possible le sacrement de mariage ». Ce renversement est important car il évite de réduire l’indissolubilité à « l’instant «  de l’échange des consentements.En fait, l’amour préexiste au mariage, « il est déjà là avec son poids d’éternité, d’indissolubilité » D’où la blessure durable des fiançailles rompues, des amours de jeunesse échoués. Cette réalité anthropologique de l’amour humain donne toute sa valeur à l’indissolubilité du mariage sacramentel, mais elle est plus ample que le mariage. Ainsi, les personnes veuves font l’expérience –mais licite celle là dans l’Eglise, de la possibilité d’aimer 2 femmes (ou 2 hommes),d’un amour différent mais entier. « C’est un fait humain indiscutable » nous dit J.P. Vesco. Cela ne risque –t-il pas de banaliser le mariage sacramentel ?Non nous dit J. P. Vesco : La présence de Dieu dans toute réalité humaine n’amoindrit pas sa présence particulière dans l’Eucharistie, par exemple.

 

  • L’indissolubilité ne dit pas le tout du mariage sacramentel

Dans le mariage chrétien « les époux décident de levivre comme une vocation, comme un appel à révéler cette forme particulière de l’amour de Dieu pour chacune de ses créatures. » cela donne une profondeur à chaque instant de vie partagée, et à la transmission de cette vie. C’est pour cela que l’indissolubilité accompagne et suppose l’unité du mariage sacramentel : 2 caractères différents de l’amour humain : Unique, ce qui est l’idéal de l’amour pour toujours, et indissoluble, car indélébile même quand d’un point de vue humain, il a échoué.

Les conséquences de cette distinction entre mariage sacramentel et amplitude de l’indissolubilité sont essentielles : « La décision de s’engager dans une seconde alliance a créé un lien lui aussi indissoluble, même s’il n’est pas sacramentel… Ce lien interdit de penser une nouvelle alliance après divorce comme une relation adultère dont on pourrait sortir par la volonté » ( séparationou abstinence…) « Ce définitif qui est reconnu par l’Eglise en cas de mariage civil entre deux personnes non baptisées, ne peut pas ne pas être reconnu entre deux personnes qui vivent une vie conjugale fidèle depuis parfois un grand nombre d’années » affirme Jean Paul Vesco. Pour justifier la position doctrinale de l’Eglise, il faudrait donc « placer le fondement , le tout de l’indissolubilité dans la seule action du sacrement, ce qui ne correspond pas à la compréhension catholique de l’indissolubilité.Au fil du temps, poursuit J.P. Vesco, la notion d’indissolubilité, en se confondant trop avec le mariage sacramentel, s’est à la fois absolutisée et appauvrie, spiritualisée à l’excès, et « juridicisée ». Dès lors, l’accès au sacrement de réconciliation doit être possible, puisque la 2ème union n’est pas une faute « impardonnable ». On est renvoyé à une réponse juridique du Droit canon.

 

5 – Que dit-on quand on dit : « Tu n’as pas le droit » ?

 

« Nous savons tous que le Seigneur ne fait pas avec nous des comptes d’apothicaire , acceptant de pardonner tel péché, mais refusant de pardonner tel autre. (cfpère du fils retrouvé), nous dit J.P. Vesco, dans un retour à l’évangile qui vient refonder l’analyse anthropologique, puis exégétique, puis théologique qu’il a déjà développée. Il se porte maintenant sur le terrain du droit canon pour argumenter.Ce qui empêchele pardon, dans le droit canon, c’est la « persistance dans un état de péché » ( canon 915 ) . Or, il est théologiquement fondé de considérer la seconde alliance comme définitive et indissoluble. Il y a donc une contradiction. Est-ce une erreur de droit ? une questiond’interprétation ?J.P. Vesco, en bon avocat, propose de distinguer, à propos de l’infraction effective que représente la 2ème alliance vis-à-vis de la doctrine, entre « infraction instantanée » et « infraction continue » : En droit, pour qu’une infraction soit constituée, il faut 2 éléments : l’acte d’exécution, et un élément intentionnel qui est la volonté délibérée de commettre l’acte ( même si l’on peut discuter de la volonté délibérée… ). Or, dans tous les systèmes juridiques ( romain anglo-saxon…) la distinction instantanée/continue est inévitable :

  • Une infraction instantanée est un acte clairement identifié, qui a des conséquences définitives, sur lesquelles la volonté ne peut plus rien ; par ex. le meurtre.
  • Une infraction continue se prolonge, et ses conséquences se produisent tant que la volonté n’a pas mis fin à cette infraction ; par ex. Le recel de vol.

Cette distinction a des effets juridiques essentiels : Pas de prescription pour une infraction continue, car la volonté pourrait mette fin à cette situation. Or, dans le Droit Canon, la distinction continue/instantanée n’est pas posée de façon explicite, et est même ignorée, nous dit J.P. Vesco. Alors, 2ème alliance : infraction instantanée ou continue ? Si l’infraction est continue, on peut y mettre fin, en rompant l’alliance. Si l’infraction est instantanée, « le fait de s’être engagé dans cette seconde alliance crée du définitif qui échappe à la volonté même de ceux qui l’ont contractée…Ex en Droit français : la bigamie est une infraction continue. Elle peut être considérée comme une infraction tant qu’il n’a pas été mis fin au second mariage, car le mariage est un contrat unique.Pour le mariage chrétien, la « persistance avec obstination » ( canon 915 ) caractérise la seconde alliance et en fait une infraction continue. Or, J.P. Vesco a montré précédemment que la seconde alliance crée du définitif. Même si il était mis fin à cette seconde alliance, « elle demeurerait comme un fait ineffaçable ». Donc, pour fonder l’indissolubilité, il faudrait se résoudre à la placer « dans la seule action du sacrement », ce qui n’est pas le cas dans la doctrine catholique du mariage chrétien…. Il semblerait donc plus juste de ranger le fait d’entrer dans une seconde alliance dans la catégorie des infractions instantanées. Il y a donc d’une part l’acte fautif , d’autre part, les actes de volonté posés au fil des jours pour vivre cette union, comme dans tous les couples. Ils ne peuvent être considérés comme une « obstination dans une situation de péché », mais comme une « volonté de vivre et de réussir une relation d’alliance, dans laquelle on a décidé un jour, de s’engager. » Cette distinction permet donc de justifier l’accès au pardon.

 

6 – Quelles incidences pratiques de la distinction instantanée/continue ?

 

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B – Elle permet de poser un regard apaisé sur les raisons de l’échec : Si un chemin de discernement en vérité est possible, une vie chrétienne est possible au bout du chemin, avec éventuellement un pardon entre époux. Le pardon est central : le signe de l’impossible pardon n’est pas un bon signe. Il est très difficile de pardonner quand soi-même on ne peut se sentir pardonné.

C – Indirectement, elle permet de porter un regard différent sur les divorcés non remariés. En effet, dans la doctrine traditionnelle énoncée dans Familiaris Consortio, la focalisation excessive sur la 2ème alliance risque d’exonérer un conjoint de sa responsabilité effective dans la rupture de la 1ère alliance, au motif qu’il ne s’est pas engagé dans une2ème alliance. Cela peut compromettre le travail de relecture, en vue de faire la vérité sur sa responsabilité, et demander le pardon. Par exemple, unlien rompu sans la volonté de renouer un autre lien, seulement avec le projet de jouir d’une liberté, reviendrait au cas d’une infraction continue et non plus instantanée, et pourrait correspondre à ce que le droit canon appelle la « persistance obstinée dans un état de péché ».

 

7 – Quelles alternatives aujourd’hui ?

      Les distinctions opérées dans les réflexions précédentes permettent de faire émerger des alternatives pastorales concrètes, qu’il faut opposer aux 4 solutions possibles actuellement :

- La séparation : Solution impossible humainement et fausse théologiquement

- L’abstinence eucharistique : Elle manifeste le contraire de ce dont elle veut témoigner : l’unité du Christ et de son Eglise.

- L’abstinence sexuelle : solution inacceptable, car les relations sexuelles ne sont qu’une partie de la vie conjugale ; On demande aux divorcés de rentrer dans une vocation religieuse qui n’est pas leur projet.

- La déclaration en nullité du mariage : Elle annule le mariage pour vice de consentement ou incapacité à assumer les obligations essentielles du mariage. La préparation au mariage, humainement et spirituellement sérieuse fans l’Eglise catholique, devrait permettre de dépister ces situations, et de refuser certains mariages. J.P. Vesco cite le document de JONAS de 2010, qui notait que l’articulation forte entre théologalité, moralité et légalité dans un contexte de chrétienté, ne correspond plus à la société actuelle, et qu’il est donc très difficile ou impossible d’affirmer la discipline de l’Eglise lors de cette préparation : « Il n’est pas juste de fermer les yeux sur le décalage, souligné avec force par Benoit 16, entre la faible conscience de la portée théologique de leur engagement par les futurs époux, et les conséquences disciplinaires que l’Eglise attache à cet engagement… » La nullité comporte le risque de nier des années de vie, « sans parler des enfants qui seraient nés du néant »… J.P. Vesco est critique par rapport à l’assouplissement de la procédure de nullité : « Un recours à une formule trop allégée en cas de demande conjointe, affaiblirait plus l’institution du mariage que l’instauration d’une possibilité de demander pardon en cas de nouvelle alliance après l’échec d’un mariage dont on reconnait qu’il a été contracté de façon valide… »

Mon expérience de 15 ans de préparation au mariagedans la paroisse de Vaulx en Velin me pousse à affirmer dans le même sens que le diagnostic préoccupant, ou les doutes ressentis par les couples intervenants,parfois notés dans le dossier transmis à l’évêché, seraient tellement nombreux que la confiance n’aurait plus sa place… D’ailleurs les motifs de nullité peuvent être élargis à des situations et des pathologies beaucoup plus étendues que les motifs traditionnels. Ainsi dans son livre «  L’amour et la réconciliation »,le théologien et psychanalyste Eugen Drewermann analyse très précisément des situations d’emboitement de névroses dans des couples, qui devraient entrainer une annulation du mariage par méconnaissance initiale des éléments inconscients du profil psychologique de chacun. L’alliance d’un névrosé obsessionnel et d’une déprimée peut se révéler insupportable, alors que le couple s’est engagé apparemment en pleine conscience…. Même interrogation quand on a affaire à un(e) maniaco-dépressif ou un pervers narcissique qui se révèlent peu à peu…

 

8 – Quelle proposition ?

    Les arguments donnés sur le plan pastoral, théologique, exégétique, anthropologique, permettentà J.P. Vesco d’affirmer qu’il n’y a « pas d’obstacle dirimant à penser un chemin possible de réconciliation, .Et cela sans que soit porté atteinte au caractère indissoluble du mariage sacramentel. » Est-ce que la réconciliation deviendrait alors « trop facile » ? J.P. Vesco répond que « divorcer se révèle rarement une solution de facilité ». Il ne suffit pas d’être « avertis » des enjeux et des risques… Il n’y aurait pas un droit au pardon, mais un droit à demander pardon. Un accompagnement permettrait de tenir compte des 2 caractéristiques spécifiques du mariage sacramentel : son caractère public, ce qui nécessite que la démarche de réconciliation ait une dimension publique, et le discernement à mener à partir d’une relecture des raisons de l’échec de la première alliance. « Il est plus facile de demander pardon quand on se sait pardonné par Celui qui qui est plus grand que notre péché » nous dit J.P. Vesco. De plus, ce travail de relecture pourrait permettre d’éviter la reproduction des mêmes difficultés. Il correspondrait à un temps de « jeune » eucharistique, marqué par une bénédiction au moment de la communion.  « Ce serait un beau signe pour toute la communauté… Il toucherait les cœurs bien davantage que le signe de l’interdit », nous dit J.P. Vesco..

Conclusion   « Paradoxalement, en ayant trop identifié mariage sacramentel et indissolubilité, et en laissant supposer qu’il est possible de mettre fin à tout moment à une seconde alliance conjugale, la discipline actuelle pèche par déficit en matière d’indissolubilité, plutôt que par excès »La tension enrtre la miséricorde due aux personnes et la défense de la vérité est un faux débat »